{"id":2974,"date":"2024-10-04T17:34:54","date_gmt":"2024-10-04T21:34:54","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/?p=2974"},"modified":"2024-10-04T17:40:06","modified_gmt":"2024-10-04T21:40:06","slug":"anne-colaire-notre-ville-leurs-vies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/anne-colaire-notre-ville-leurs-vies\/","title":{"rendered":"Anne Colaire : Notre ville, leurs vies"},"content":{"rendered":"\n<p>Lors d\u2019une soir\u00e9e au salon, la discussion litt\u00e9raire termin\u00e9e et le th\u00e9 d\u00e9j\u00e0 froid, la salonni\u00e8re nous pose une question :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Avez-vous lu la chronique d\u2019hier ?<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 comment nous nous embarquons dans une causerie qui ne sait pas se terminer, semaine apr\u00e8s semaine. Et voici ce que je me demande \u00e0 chaque fois : que distingue cette conversation de toute autre conversation entre moi et mes compatriotes ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Anne, vous aimeriez bien celle-ci, m\u2019assure une des dames assise dans le salon.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui lance un beau sourire et une petite r\u00e9ponse enthousiaste, bien que je sache exactement ce que je trouverai dans les journaux \u00e9parpill\u00e9s sur la table. Cependant je me permets de les feuilleter quand m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les femmes dans la rue portent des mantelets de dentelle splendide \u2026 M. B*** s\u2019est fianc\u00e9 \u00e0 Mlle. D*** bien qu\u2019il aie une ma\u00eetresse \u2026 J\u2019ai pass\u00e9 une belle soir\u00e9e au th\u00e9\u00e2tre du Palais-Royal comme toutes les autres \u2026 Que nous \u00e9tions ravis de rencontrer cet homme de lettres en plein milieu du boulevard du Montparnasse ! \u2026 La r\u00e9union au salon s\u2019est pass\u00e9e ainsi \u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux pas m\u2019emp\u00eacher de b\u00e2iller. Tout ce que je vois, c\u2019est tout ce que je connais d\u00e9j\u00e0. Est-ce tout dont nous sommes capable de parler ? De nous-m\u00eames \u2014 de la frivolit\u00e9 qui marquent nos vies ? J\u2019en ai marre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cher lecteurs, vous n\u2019\u00eates pas abonn\u00e9s \u00e0 ce journal estim\u00e9 sans raison. Vous d\u00e9sirez \u00eatre au courant de l\u2019actualit\u00e9 d\u00e8s qu\u2019elle arrive ; vous d\u00e9sirez apprendre tout ce qui se passe autour de vous chaque jour ; vous d\u00e9sirez conna\u00eetre Paris, votre ch\u00e8re ville, en toute sa v\u00e9rit\u00e9. Pourquoi la chronique ne serait-elle pas d\u2019une aussi haute qualit\u00e9 ? Votre chroniqueuse n\u2019est-elle pas oblig\u00e9e de vous servir la chronique que vous m\u00e9ritez ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cette raison que je vous offre une nouvelle s\u00e9rie de chroniques que j\u2019appellerai \u00ab Notre ville, leurs vies \u00bb. Voici ce que je crois : c\u2019est aux chroniqueurs de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 moderne, de chercher dans tous les coins de la ville pour d\u00e9couvrir de quoi il s\u2019agit, de r\u00e9v\u00e9ler l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de Paris. Les chroniques mondaines qui remplissent les colonnes des journaux ne nous disent rien de nouveau. Ces chroniqueurs ne font que s\u2019admirer dans le miroir le matin et r\u00e9gurgitent ce qu\u2019ils voient dans le journal le lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi, je pr\u00e9f\u00e8re regarder autour de moi, voir les gens qui nous paraissent trop souvent invisibles. C\u2019est l\u2019ouvri\u00e8re de l\u2019usine textile qui me permet de m\u2019habiller d\u2019une belle tenue le matin. C\u2019est l\u2019\u00e9boueur qui fait que cette tenue n\u2019est pas tach\u00e9e par des ordures quand je sors dans la ville. C\u2019est le marchand qui remplit la rue avec ses cris caract\u00e9ristiques de Paris. Et quand je rentre chez moi le soir, c\u2019est la femme de m\u00e9nage qui assure que la maison est propre, et je peux me coucher tranquillement. Ce sont tous des gens avec leurs propres histoires et leurs propres vies ici \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous supplie de faire pareil. Regardez, et demandez-vous sinc\u00e8rement : o\u00f9 serions-nous sans eux ? Que serait Paris sans leur pr\u00e9sence ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout en regardant ailleurs, n\u2019oubliez pas ceci : il faut aussi que nous regardions \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de nous-m\u00eames. Reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 de la vie parisienne exige que nous nous interrogions. Cela fait trop longtemps que nous ignorons la r\u00e9alit\u00e9 qui se passe devant nos yeux et que nous traitons la classe ouvri\u00e8re comme inf\u00e9rieure. Il est temps que cela change.<\/p>\n\n\n\n<p>Si vous \u00eates pr\u00eats \u00e0 d\u00e9couvrir l\u2019autre partie de la ville en remettant en question votre place dans la soci\u00e9t\u00e9 parisienne, rejoignez-moi \u00e0 la suite. Cette chronique vous sortira de la bulle qui vous entoure et vous emp\u00eache de regarder de pr\u00e8s toute la r\u00e9alit\u00e9 de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Je souligne : dans notre ville se passent aussi leurs vies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">ANNE COLAIRE.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lors d\u2019une soir\u00e9e au salon, la discussion litt\u00e9raire termin\u00e9e et le th\u00e9 d\u00e9j\u00e0 froid, la salonni\u00e8re nous pose une question : \u2014 Avez-vous lu la chronique d\u2019hier ? Voil\u00e0 comment nous nous embarquons dans une causerie qui ne sait pas se terminer, semaine apr\u00e8s semaine. 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