{"id":2978,"date":"2024-10-04T17:45:08","date_gmt":"2024-10-04T21:45:08","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/?p=2978"},"modified":"2024-10-04T17:45:08","modified_gmt":"2024-10-04T21:45:08","slug":"le-silence-des-voix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/le-silence-des-voix\/","title":{"rendered":"Le Silence des Voix"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-ad2f72ca wp-block-group-is-layout-flex\">\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">4 Octobre 1873 -<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-preformatted\">In\u00e8s Moreau\u00a0<\/pre>\n<\/div>\n\n\n\n<p>En traversant les rues de Paris, les grands boulevards si m\u00e9ticuleusement fa\u00e7onn\u00e9s par le baron Haussmann et l&#8217;industrie vigoureuse qui fait avancer cette ville, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de r\u00e9fl\u00e9chir aux mains qui alimentent cette croissance rapide. Notre ville si ch\u00e8re brille de la lumi\u00e8re du progr\u00e8s, mais cette lumi\u00e8re jette une ombre profonde sur des nombreuses victimes oubli\u00e9es &#8211; les immigr\u00e9s, les femmes et les enfants qui travaillent sans repos dans nos usines.<\/p>\n\n\n\n<p>La classe ouvri\u00e8re, en particulier les femmes que je rencontre, se trouve au c\u0153ur de cette structure, mais reste invisible aux yeux de ceux qui profitent de leur travail. C&#8217;est pour eux que j&#8217;\u00e9cris, pour leurs voix que je d\u00e9die cette rubrique. Des rues anim\u00e9es de Belleville aux usines mal \u00e9clair\u00e9es de Saint-Denis, j&#8217;ai rassembl\u00e9 les histoires de ces personnes, leurs luttes, leurs espoirs et leur endurance silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l&#8217;exemple des jeunes filles que j&#8217;ai rencontr\u00e9es dans une usine textile de Saint-Denis. Ici, l&#8217;air est charg\u00e9 de l&#8217;odeur des machines, le bourdonnement constant des m\u00e9tiers \u00e0 tisser \u00e9touffe m\u00eame le son de la pens\u00e9e. Ces filles, dont certaines n&#8217;ont pas plus de douze ans, sont \u00e0 la base de la production. Elles se l\u00e8vent avant l&#8217;aube, les mains fatigu\u00e9es par le travail sur les bobines de fil qui tissent le tissu m\u00eame de la mode parisienne. Pourtant, elles ne se plaignent pas &#8211; elles ne peuvent pas se le permettre.<\/p>\n\n\n\n<p>La transformation de Paris sous Haussmann a laiss\u00e9 de nombreux coins de la ville n\u00e9glig\u00e9s, oubli\u00e9s par les architects du progr\u00e8s. Alors que les grandes avenues affichent leurs triomphes, les ruelles \u00e9troites o\u00f9 vivent ces ouvriers restent surpeupl\u00e9es et insalubres. Ce contraste saisissant entre la vie des privil\u00e9gi\u00e9s et celle de la classe ouvri\u00e8re refl\u00e8te les v\u00e9ritables priorit\u00e9s de notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bien-\u00eatre de ces factions est souvent consid\u00e9r\u00e9 comme sans importance par l&#8217;\u00e9lite, qui ne voit dans la classe ouvri\u00e8re qu&#8217;un moyen de parvenir \u00e0 ses fins. Combien de nos bourgeoises, par\u00e9es des plus belles soieries, savent-elles que les v\u00eatements qu&#8217;elles portent ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s par les mains fatigu\u00e9es des jeunes ? Ne comprennent-elles pas que derri\u00e8re chaque dentelle d\u00e9licate et chaque ruban de satin se cache l&#8217;histoire d&#8217;une souffrance ?<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ces immigr\u00e9s, ces femmes et ces enfants n&#8217;aient pas le droit de voter, ils font partie de la France au m\u00eame titre que les hommes politiques qui dictent leur destin. Il appartient aux citoyens votants de ce pays de parler au nom de ceux qui ne le peuvent pas. Alors que la population d&#8217;immigr\u00e9s continue de se multiplier dans notre capitale, nous devons reconna\u00eetre que leurs destins sont li\u00e9s aux n\u00f4tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Au cours de mes voyages, j&#8217;ai rencontr\u00e9 des femmes immigr\u00e9es de toute l&#8217;Europe et des colonies fran\u00e7aises, attir\u00e9es \u00e0 Paris par la promesse d&#8217;un travail, mais qui se retrouvent prisonni\u00e8res du m\u00eame cycle de pauvret\u00e9 que celui qui lie tant de travailleurs fran\u00e7ais. Leurs histoires m\u00e9ritent \u00e9galement d&#8217;\u00eatre racont\u00e9es. Il est temps que nous reconnaissons que la croissance de notre industrie s&#8217;est faite sur leur dos et qu&#8217;en l&#8217;absence d&#8217;une r\u00e9glementation du travail appropri\u00e9e, nous sommes tous complices de leur exploitation.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire de ces personnes me rappelle mon propre h\u00e9ritage, celui de la famille Moreau qui a travers\u00e9 la temp\u00eate des r\u00e9volutions et des empires. Mes anc\u00eatres connaissaient trop bien la douleur des bouleversements politiques, mais ils croyaient en la promesse du changement. Aujourd&#8217;hui, nous devons mobiliser ce m\u00eame esprit de r\u00e9volution, l&#8217;esprit de la troisi\u00e8me r\u00e9publique, mais cette fois-ci pour les travailleurs oubli\u00e9s qui sont essentiels \u00e0 notre prosp\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;invite les lecteurs de cette chronique, en particulier ceux qui ont le privil\u00e8ge de voter, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir profond\u00e9ment aux conditions de travail de ceux qui travaillent dans nos usines. Nous ne pouvons pas permettre que leurs vies restent invisibles. Chaque article qu&#8217;ils fabriquent, chaque produit qu&#8217;ils assemblent, contribue \u00e0 la croissance de l&#8217;industrie fran\u00e7aise. Sans eux, notre ville ne serait plus ce qu&#8217;elle est aujourd&#8217;hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps de l&#8217;action est venu. Exigeons de meilleures conditions de travail, des horaires plus courts et surtout le respect des ouvriers. Il ne suffit pas d&#8217;admirer la beaut\u00e9 de Paris sans tenir compte du prix qu&#8217;elle a co\u00fbt\u00e9. Ce n&#8217;est qu&#8217;en mettant en lumi\u00e8re ces parties oubli\u00e9es de notre ville que nous pourrons vraiment nous consid\u00e9rer comme une soci\u00e9t\u00e9 de progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>In\u00e8s Moreau, \u00e9crire pour ceux qui ne le peuvent pas.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4 Octobre 1873 &#8211; In\u00e8s Moreau\u00a0 En traversant les rues de Paris, les grands boulevards si m\u00e9ticuleusement fa\u00e7onn\u00e9s par le baron Haussmann et l&#8217;industrie vigoureuse qui fait avancer cette ville, je ne peux m&#8217;emp\u00eacher de r\u00e9fl\u00e9chir aux mains qui alimentent cette croissance rapide. 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