{"id":2983,"date":"2024-10-04T18:38:33","date_gmt":"2024-10-04T22:38:33","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/?p=2983"},"modified":"2024-10-25T20:45:36","modified_gmt":"2024-10-26T00:45:36","slug":"genevieve-de-carcassonne-la-reine-de-la-rue-mouffetard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/genevieve-de-carcassonne-la-reine-de-la-rue-mouffetard\/","title":{"rendered":"Genevi\u00e8ve de Carcassonne: La Reine de la Rue Mouffetard"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c0 mes chers lecteurs,<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vous \u00e9cris pas depuis les sources d&#8217;eau chaude d&#8217;Islande, le d\u00e9sert du Maroc ou les march\u00e9s du Liban, mais depuis une rue de Paris qui repr\u00e9sente un vaste \u00e9ventail de go\u00fbts, de sons, d&#8217;odeurs et de sensation. Cette rue, c&#8217;est la mouffe, ou pour mes lecteurs \u00e9trangers &#8211; et par \u00e9trangers, j&#8217;entends non parisiens, et par non parisiens, je veux dire malchanceux &#8211; la rue Mouffetard. Cette rue du 5\u00e8me existe depuis que les Romains \u00e9taient l\u00e0, il y a pr\u00e8s de 2000 ans, et je les imagine occup\u00e9s sur les pav\u00e9s. Et me voil\u00e0, fl\u00e2nant sur la colline Sainte-Genevi\u00e8ve, me sentant la reine du monde, ou du moins la reine des patrons de la mouffe.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Ah Place Monge, pourquoi me narguer avec vos vins chers ? Le vigneron, avec sa cape couleur de minuit et ses yeux verts \u00e9tincelants, crie comme un faucon :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abFemme ravissante, go\u00fbte ce cabernet sauvignon, je t&#8217;en supplie ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ch\u00e9ri, il est seulement l&#8217;heure de d\u00e9jeuner, essaie plus tard,\u00bb je rigole, mais il m&#8217;attrape par le bras, m&#8217;attire \u00e0 lui et me verse dans le gosier un verre du plus somptueux des vins rubis. Mais alors, le voyage doit continuer, j&#8217;ai une petite chronique \u00e0 faire pour mes adorables lecteurs, et elle ne peut pas s&#8217;arr\u00eater au vigneron.<\/p>\n\n\n\n<p>Je continue \u00e0 remonter la rue \u00e9troite, et l&#8217;odeur incroyablement piquante des fromages envahit mes sens. J&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;\u00eatre dans un champ fleuri de toutes sortes de fleurs sauvages. Si le vendeur de vin pensait avoir la meilleure chance, il ne sait pas que le marchand de fromage a bien plus de chances de gagner mon c\u0153ur, m\u00eame s&#8217;il est petit, jovial et rose comme une tomate trop m\u00fbre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Fromage de ch\u00e8vre infus\u00e9 \u00e0 la lavande pour la bella donna, \u00bb s&#8217;exclame-t-il en pla\u00e7ant dans ma main tendue un \u00e9pais morceau de fromage cr\u00e9meux sur une brochette.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;ai les genoux qui tremblent \u00e0 l&#8217;id\u00e9e de manger ce fromage cors\u00e9 qui embaume la rue et nous b\u00e9nit tous. Les ch\u00e8vres doivent manger l&#8217;herbe la plus fine de toute la France pour produire un tel nectar.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je continue. Le fruitier, avec son stand \u00e0 quatre roues et son pantalon en lambeaux, tire sur ma jupe. C&#8217;est le mercredi des cendres ? Non, ce n&#8217;est qu&#8217;un peu de terre de la ferme sur son front.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Sa bouche est cousue de timidit\u00e9. \u00ab Oui, mon cher ? \u00bb Je lui demande.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me regarde comme un chiot.&nbsp; \u00ab Madame veut-elle go\u00fbter une figue ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 il me tend une figue massive, l&#8217;apiculteur, grand et fort, d\u00e9pose une cuiller\u00e9e de miel dor\u00e9 sur le fruit, en me faisant un clin d&#8217;\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux pas m&#8217;en emp\u00eacher. Je demande : \u00ab Monsieur, vos bras sont-ils couverts de piq\u00fbres d&#8217;abeilles ou \u00eates-vous simplement incroyablement fort ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il devient rouge vif et les coins de sa bouche se retroussent, mais sa femme, la fabricante de bougies, s&#8217;avance vers nous, l&#8217;air de vouloir me verser de la cire chaude sur la t\u00eate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Bon apr\u00e8s-midi, alors, \u00bb je crie joyeusement, mes bottes brillantes claquant sur la route pav\u00e9e et vers de nouveaux d\u00e9lices. Il y aura des foulards de soie de toutes les couleurs, des parfums \u00e0 essayer, des cr\u00eapes \u00e0 d\u00e9vorer, du tabac \u00e0 go\u00fbter et bien d&#8217;autres personnes int\u00e9ressantes \u00e0 rencontrer au cours de ce voyage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mes chers lecteurs : citoyens du monde, boh\u00e8mes, intellectuels, hommes et femmes, chats et chiens&#8230; Je vous exhorte \u00e0 sortir et \u00e0 vous pavaner dans les rues de Paris, en particulier sur les march\u00e9s. Il y a tant de personnages fascinants \u00e0 rencontrer, et nous pouvons apprendre beaucoup les uns des autres. Plus important encore, nous pouvons rapprocher nos classes et nos identit\u00e9s en cultivant le sens de l&#8217;amusement, du plaisir et de la joie. Je quitte la rue Mouffetard en sentant l&#8217;odeur d&#8217;un saloon, d&#8217;un champ de ch\u00e8vres, d&#8217;un vignoble, d&#8217;une ruche. Je suis plus l\u00e9ger et j&#8217;ai le ventre plein. Maintenant, il est temps de me d\u00e9tendre dans mon appartement et de lire les derniers \u00e9crits de Delphine de Girardin, ma ch\u00e8re amie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bisous,<\/p>\n\n\n\n<p>Genevi\u00e8ve de Carcassonne<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 mes chers lecteurs, Je ne vous \u00e9cris pas depuis les sources d&#8217;eau chaude d&#8217;Islande, le d\u00e9sert du Maroc ou les march\u00e9s du Liban, mais depuis une rue de Paris qui repr\u00e9sente un vaste \u00e9ventail de go\u00fbts, de sons, d&#8217;odeurs et de sensation. 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