{"id":3394,"date":"2024-10-27T20:32:42","date_gmt":"2024-10-28T00:32:42","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/?p=3394"},"modified":"2024-10-27T20:33:05","modified_gmt":"2024-10-28T00:33:05","slug":"anne-colaire-le-reportage-pour-la-realite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/anne-colaire-le-reportage-pour-la-realite\/","title":{"rendered":"Anne Colaire : Le reportage pour la r\u00e9alit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Je, comme vous, chers lecteurs, viens de lire des interventions dans le d\u00e9bat Giffard-Millaud qui suscite une conversation br\u00fblante dans la presse. Je suis certaine que vous savez d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 je me trouve dans cette pol\u00e9mique : jamais du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancienne \u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur Millaud soutient, audacieusement, que \u00ab Le journalisme a tu\u00e9 la litt\u00e9rature et le reportage est en train de tuer le journalisme. \u00bb Si le journalisme a tu\u00e9 quelque chose, ce n\u2019est pas la litt\u00e9rature, c\u2019est notre perception de la r\u00e9alit\u00e9 : ce que nous pouvons voir et ce que nous sommes pr\u00eats \u00e0 voir. Sans le reportage, nous ne r\u00e9ussirons jamais \u00e0 la rectifier.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Millaud, le reportage est \u00ab l\u2019homme de lettres remplac\u00e9 par le concierge \u00bb. D\u2019abord, il n\u2019est pas surprenant qu\u2019il se prend, cet honorable homme de lettres, comme sup\u00e9rieur au travailleur qui le sert. C\u2019est un sentiment qui impr\u00e8gne son argument : un argument qui d\u00e9daigne intrins\u00e8quement tout le monde d\u2019un rang inf\u00e9rieur \u00e0 lui. Il pr\u00e9tend que c\u2019est une question de la qualit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture et de la r\u00e9putation du journalisme. Peut-\u00eatre, mais je ne suis pas ici pour d\u00e9battre de son \u00e9tat litt\u00e9raire. Croyez-moi, je connais bien la presse. J\u2019ai mes propres opinions de ce que sont ses c\u00f4t\u00e9s les plus pourris. Il y avait et il y aura toujours de la mauvaise \u00e9criture. Mais ce n\u2019est pas la faute du reportage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, ce que Millaud se bat contre, c\u2019est l\u2019\u00e9volution de la presse. Il veut qu\u2019elle reste fig\u00e9e dans une \u00e9poque du pass\u00e9 o\u00f9 personne d\u2019autre que nous ne peut la lire, o\u00f9 personne d\u2019autre que nous ne peut l\u2019\u00e9crire, o\u00f9 personne d\u2019autre que nous ne se voit sur ses pages. Mais comme Giffard l\u2019a dit, nous ne sommes plus l\u00e0. Nous sommes dans une p\u00e9riode d\u2019expansion de ce qui pourrait se trouver dans les colonnes \u2014 c\u2019est au moins pour cela, vous le savez, que je me bats. Une presse \u00e9volu\u00e9e, une presse toujours en changement, une presse ouverte \u00e0 tout est une presse pr\u00eate \u00e0 reconna\u00eetre la r\u00e9alit\u00e9 enti\u00e8re du monde dans lequel nous vivons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019avance que le reportage est un outil non seulement utile, mais absolument n\u00e9cessaire, pour nous mener \u00e0 ce point-l\u00e0. S\u2019il ne l\u2019est pas encore, le journalisme sera un m\u00e9tier qui oblige les journalistes \u00e0 conna\u00eetre le monde avant de prendre sa plume et d\u2019en discuter. C\u2019est le reportage qui assurera que c\u2019est le cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Chers lecteurs, sans le reportage, vous n\u2019avez que deux choix : soit un journaliste vous parle de ce que vous connaissez d\u00e9j\u00e0, et vous le prendrez avec plaisir ou d\u00e9sint\u00e9r\u00eat selon vos propres habitudes ; soit il invente une histoire compl\u00e8tement fantaisiste, une fausset\u00e9 d\u2019\u00e9criture que vous avalerez tout de m\u00eame. Vous pouvez vous satisfaire de cette \u00e9criture frivole et mondaine, ou vous pouvez vous nourrir de mensonges. C\u2019est \u00e0 vous de d\u00e9cider, mais moi, je choisirais de sortir de cette dichotomie.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici la question de fond : comment savoir ce qui se passe dans chaque coin de Paris \u2014 dans les coins dans lesquels vous n\u2019oseriez jamais p\u00e9n\u00e9trer \u2014 sans r\u00e9cit direct d\u2019une personne qui y \u00e9tait ? Sauf si les journaux commencent \u00e0 remplir ses bureaux d\u2019ouvriers, la seule mani\u00e8re de le faire est \u00e0 travers le reportage. Sinon, nous risquons de projeter une image de Paris compl\u00e8tement peinte par les \u00e9lites \u2014 une image teint\u00e9e de la mauvaise couleur, une image faite de traits trop larges pour saisir tous les petits d\u00e9tails qui forment notre ville. Ces images fausses envahissent d\u00e9j\u00e0 le monde du journalisme tandis que les vraies exp\u00e9riences des gens populaires sont ignor\u00e9es. J\u2019exige que leur r\u00e9alit\u00e9 \u2014 qui constitue la r\u00e9alit\u00e9 de la ville elle-m\u00eame \u2014 soit repr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cette raison que je d\u00e9fends la libert\u00e9 de chaque journaliste de profiter de l\u2019utilit\u00e9 en grande partie minimis\u00e9e du reportage, qui devient d\u00e8s maintenant une n\u00e9cessit\u00e9. Quant \u00e0 moi, je continuerai d\u2019en profiter, et j\u2019accueillerai la nouvelle \u00e9poque de la presse \u00e0 bras ouverts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">ANNE COLAIRE.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je, comme vous, chers lecteurs, viens de lire des interventions dans le d\u00e9bat Giffard-Millaud qui suscite une conversation br\u00fblante dans la presse. Je suis certaine que vous savez d\u00e9j\u00e0 o\u00f9 je me trouve dans cette pol\u00e9mique : jamais du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ancienne \u00e9cole. 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