{"id":3771,"date":"2024-12-02T09:09:42","date_gmt":"2024-12-02T14:09:42","guid":{"rendered":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/?p=3771"},"modified":"2024-12-02T09:09:42","modified_gmt":"2024-12-02T14:09:42","slug":"le-paulois-engage-paris-ettouffe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sites.smith.edu\/frn372-fa24\/le-paulois-engage-paris-ettouffe\/","title":{"rendered":"Le Paulois Engag\u00e9: Paris \u00e9ttouff\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Ah, Paris\u202f! Ville de promesses et de p\u00e9rils. Dans cette capitale o\u00f9 chaque pierre murmure des r\u00eaves, une ombre pesante s\u2019\u00e9tend sur les trottoirs\u202f: celle des chemin\u00e9es d\u2019usines. On les voit partout d\u00e9sormais, ces colonnes de fum\u00e9e, dress\u00e9es comme des griffes de fer qui lac\u00e8rent le ciel. Elles portent le sceau du &#8220;progr\u00e8s&#8221;, mais \u00e0 quel prix\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Les rues qui jadis r\u00e9sonnaient des cris des marchands, des rires des enfants et du pas rapide des artisans sont aujourd\u2019hui envahies par une atmosph\u00e8re lourde et grise. Dans les quartiers industriels, il ne s\u2019agit plus de trottoirs peupl\u00e9s de promeneurs \u00e9l\u00e9gants ou d\u2019ouvriers joyeux. Non, c\u2019est le royaume des ombres\u202f: hommes et femmes aux visages noircis, leurs traits effac\u00e9s par la fatigue et la suie. Ce sont les serviteurs silencieux des machines modernes, ces monstres insatiables qui d\u00e9vorent les heures, la sant\u00e9 et m\u00eame l\u2019espoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Voyez-les, ces ouvriers\u202f! La chemise tremp\u00e9e de sueur, le dos courb\u00e9, ils sortent \u00e0 peine des usines que d\u00e9j\u00e0 leur souffle est court, leur regard vide. \u00c0 leur place, nous promenerions-nous dans les rues de Paris avec le m\u00eame orgueil\u202f? Nous oserions peut-\u00eatre r\u00e9pondre, comme les bourgeois au balcon\u202f: &#8220;Tout cela est n\u00e9cessaire.&#8221; Mais que nous enseigne cette &#8220;n\u00e9cessit\u00e9&#8221;? Que la richesse d\u2019un petit nombre doit \u00eatre b\u00e2tie sur la mis\u00e8re des masses\u202f? Que le ciel bleu de notre jeunesse peut se ternir sans regrets\u202f?<\/p>\n\n\n\n<p>Le pire, chers lecteurs, n\u2019est pas ce que l\u2019on voit. C\u2019est ce que l\u2019on respire. Ces fum\u00e9es \u00e2cres, qui semblent flotter au-dessus des toits comme des nuages rebelles, s\u2019immiscent partout. Dans chaque souffle pris par un ouvrier, dans chaque repas partag\u00e9 par une famille, se cache un poison lent. Les m\u00e9decins s\u2019alarment, mais leurs voix sont \u00e9touff\u00e9es par le bruit des marteaux et des machines. Les industriels, eux, parlent d\u2019 &#8220;innovation&#8221; et de &#8220;modernit\u00e9&#8221;, d\u00e9tournant les regards des maux qu\u2019ils infligent.<\/p>\n\n\n\n<p>Prenons l\u2019exemple de cette usine p\u00e9trochimique r\u00e9cemment install\u00e9e aux portes de la ville. Sous pr\u00e9texte de produire des lampes \u00e0 gaz, elle produit surtout des veuves et des orphelins. Les travailleurs y inhalent des vapeurs toxiques tout en manipulant des substances qu\u2019ils ne comprennent pas, car personne ne leur explique. Pourquoi le ferait-on\u202f? Leur vie vaut-elle le co\u00fbt d\u2019une pr\u00e9caution\u202f? Apparemment non. Leur existence est compt\u00e9e en heures d\u2019efforts, non en ann\u00e9es de bonheur.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les rivi\u00e8res\u202f? Ah, la Seine\u202f! Ce fleuve majestueux, jadis miroir des ponts et des palais, est devenu le r\u00e9ceptacle des eaux us\u00e9es et des d\u00e9bris industriels. Les poissons meurent, les berges puent, et pourtant, on ferme les yeux. Ce n\u2019est qu\u2019un &#8220;dommage collat\u00e9ral&#8221;, dit-on. Les ouvriers, eux, voient cette eau comme leur dernier luxe, leur seul moyen de se rafra\u00eechir apr\u00e8s une journ\u00e9e harassante. Mais qu\u2019ils osent y plonger un pied, et c\u2019est leur sant\u00e9 qui en paiera le prix.<\/p>\n\n\n\n<p>Devons-nous accepter cette tyrannie des machines et de leurs ma\u00eetres\u202f? Moi, Le Paulois Engag\u00e9, je dis non. Non \u00e0 ce m\u00e9pris des corps et des \u00e2mes. Non \u00e0 cette destruction insidieuse de la nature qui nous a tous nourris, moi y compris, dans ma jeunesse b\u00e9arnaise. \u00c0 Pau, nous respections la terre parce qu\u2019elle nous donnait tout. Ici, \u00e0 Paris, on la m\u00e9prise comme si elle \u00e9tait une servante fatigu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, que faire\u202f? Peut-\u00eatre commencer par parler. Par nommer ces injustices qui s\u2019abattent sur les plus faibles. Par \u00e9crire, toujours \u00e9crire, pour que la fum\u00e9e ne recouvre pas la v\u00e9rit\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019un d\u00e9but, mais un d\u00e9but n\u00e9cessaire. Car si les ouvriers sont forc\u00e9s au silence, nous, qui avons encore une plume et une voix, devons hurler pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous invite, chers lecteurs, \u00e0 regarder cette ville autrement. Ne voyez pas seulement ses belles avenues, ses lumi\u00e8res \u00e9clatantes et ses vitrines luxueuses. Voyez aussi ses ombres, ses poumons noirs et ses rivi\u00e8res souill\u00e9es. Paris suffoque, et avec elle, ses habitants. Si nous n\u2019agissons pas, bient\u00f4t, ce ne sera plus la &#8220;Ville Lumi\u00e8re&#8221;, mais un tombeau fumant pour les r\u00eaves de ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<p>Le progr\u00e8s ne vaut rien s\u2019il co\u00fbte l\u2019humanit\u00e9. Paris doit respirer, et ses ouvriers aussi. Pour cela, il faudra lutter. Et moi, Le Paulois Engag\u00e9, je lutterai. Avec ma plume pour arme, je continuerai \u00e0 d\u00e9noncer, pour que le souffle coup\u00e9 des opprim\u00e9s devienne un cri qui r\u00e9sonne dans toutes les rues de cette capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la semaine prochaine, sous une lumi\u00e8re que nous aurons peut-\u00eatre sauv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Paulois Engag\u00e9<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ah, Paris\u202f! Ville de promesses et de p\u00e9rils. Dans cette capitale o\u00f9 chaque pierre murmure des r\u00eaves, une ombre pesante s\u2019\u00e9tend sur les trottoirs\u202f: celle des chemin\u00e9es d\u2019usines. 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